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Métapoles: nouveaux défis pour les urbanistes
La métropole est le cadre d’action des urbanistes du XXè siècle. Constitué d’espaces distendus, discontinus, hétérogènes et polynucléaires, elle intègre la ville dense et néorurale. Elle est le résultat d’un processus technique et économique qui a accéléré les déplacements de ses habitants et augmenté leur capacité à gérer et stocker des biens.
Pendant ce temps, le métier d’urbaniste a du muter pour rester pertinent devant la complexité de la tâche. Il a fallu renoncer à l’idée d’une conception finie du projet à travers le dessin de la ville, pour évoluer vers une pratique d’accompagnement de dynamiques sociales et économiques.
L’espace urbain du XXIè siècle est le produit de ce phénomène, mais il tire parti des nouvelles technologies de communication et de l’information pour recomposer les rythmes métropolitains avec une organisation spatiale qui facilite la rencontre et l’engagement civique.
François Ascher nomme cette nouvelle organisation la  métapole, une forme d’urbanisation plus diluée et plus compacte, à la fois intégrante et discontinue.
Trois phénomènes, actuellement  élitaires mais qui sont appelés à se généraliser, peuvent apporter des éléments de réflexion au concept de métapole.

Porosité entre espace réel et virtuel

La capacité de communication dont nous disposons aujourd’hui rend la séparation entre réalité virtuelle et réalité physique obsolète.  Nos relations sociales se construisent et s’entretiennent autant sur le web que dans la « réalité ». Le web 2.0 ou web communautaire, présente un caractère social intéressant pour l’urbaniste, car il facilite l’émergence de nouvelles communautés locales capables de décrire et d’investir des lieux. Landshare, par exemple, en Angleterre,  met en relation les propriétaires d’un jardin ou d’un terrain en friche avec des jardiniers à la recherche d’une surface pour exercer leur hobby ou carrément une activité économique http://www.landshare.net/.Des relations nouvelles se créent, une solidarité locale se développe et invente l’espace public. Des plateformes ­de communication ­peuvent être imaginées pour accompagner et faire vivre un projet d’espace public. C’était le cas de notre proposition pour la forêt linéaire de Paris : un milieu fragile qui doit accueillir une faune propre. Il était important de sensibiliser les usagers et les riverains au respect de cet écosystème complexe. Un site communautaire et une application pour smartphone nous aident à atteindre nos objectifs. Construit en partenariat avec une institution scientifique, alimenté par la participation des riverains et des visiteurs, ce site devient une occasion de prise de conscience écologique et de collaboration autour d’un espace public.

Accès à l’information et choix de déplacements

La métropolisation a introduit des nouvelles temporalités urbaines caractérisées par une plus grande possibilité de déplacement, mais aussi par une fragmentation importante de la vie quotidienne. La métapolisation, qui a comme particularité d’augmenter la capacité de communiquer, ne réduit pas les déplacements, elle les optimise. La facilité d’accès aux informations rend de plus en plus superflus les déplacements pour travailler, accomplir des démarches administratives ou faire des achats… Ceci ne signifie donc pas le confinement interactif prophétisé par Paul Virilio, mais l’assignation d’une nouvelle valeur à la vie locale et à la rencontre physique, dans un contexte ou le temps choisi augmente fortement.
Encore une fois, le monde du web communautaire nous donne des exemples de pratiques inventives. Parmi les nombreux sites de covoiturage, on peut signaler le français Rouletaville, qui propose un service d’entraide entre parents pour conduire les enfants à l’école et dans les centres d’activités culturelles et sportives. Le temps du transport, s’il demeure contraint, est finalement optimisé. http://www.rouletaville.fr/
En France, les sociétés privées commencent tout juste à s’intéresser au potentiel de communication des usagers des transports en commun. Veolia Transport a récemment annoncé une application iPhone géolocalisée indiquant le meilleur choix de moyen de transport pour se rendre à destination en Ile-de-France : transport en commun, vélo, co-voiturage, taxi ou marche à pied.

Les idées ne manquent pas pour mettre en place des dispositifs d’information qui prennent en compte les habitudes individuelles et proposent des services adaptés. On pourrait imaginer par exemple un parking-relais équipé de services d’organisation de covoiturage pour mutualiser les trajets en transport privé. Ou bien un système d’information sur les réseaux de pistes cyclables d’une agglomération, diffusant des données sur l’état du trafic ou du pollen. Ou encore des parcours intermodaux « brûle-calories »,  proposés aux usagers de transport en commun, qui mêleraient des informations en temps réel sur l’état du trafic des services publics, la disponibilité des vélos et la météo.

Crowdsourcing et démocratie représentative

Face au phénomène de métropolisation, des mouvements citoyens sont nés pour réaffirmer la valeur du local et du vivant dans les projets. Aujourd’hui, la consultation publique est un principe largement accepté par les institutions. Reste que la mise en place d’une réelle participation, voir d’une coproduction de l’espace, demeure difficile.
À l’inverse, le monde du Net a su valoriser la participation de ses usagers en donnant naissance à une nouvelle économie : le crowdsourcing. Il s’agit d’utiliser la créativité, l’intelligence et le savoir-faire des usagers qui deviennent ainsi prosumers, producteurs et consommateurs.
En urbanisme, les associations sont difficilement perçues comme de véritables partenaires, on a vu pourtant qu’elles produisent déjà des informations, des projets et des services pour la ville. Deux exemples dans les domaines de la santé et du logement nous permettent de compléter ce tableau.
Healthy City, en Californie, est le fruit de la collaboration entre plusieurs associations, un grand Hôpital et une Université. Ce site centralise les informations sur l’accueil sanitaire et les services sociaux présents sur le territoire de Los Angeles, en offrant plusieurs services : localiser en temps réel l’offre sanitaire à proximité (publique ou privée), mettreà disposition d’un outil de programmation pour les institutions, les associations et les professionnels du secteur. http://www.healthycity.org/
Autre exemple, le cohousing est une forme d’habitat groupé en copropriété qui se base sur l’autopromotion et la mutualisation des services entre voisins. Le site Cohabitat regroupe ainsi réseaux et initiatives en France. Il permet de partager des expériences, de proposer des initiatives, de trouver des réponses plus pertinentes que celles du marché ou de l’offre de logement social. http://cohabitat.fr/
Des ressources importantes sont présentes sur nos territoires et les nouvelles technologies de la communication permettent l’émergence de nouveaux acteurs urbains. Une nouvelle réflexion doit être engagée par les professionnels de la ville qui doit repenser ses idées et ses habitudes. Un urbaniste appelé à aménager un lieu doit être capable d’arpenter cette couche d’ information pour faire émerger des partenaires potentiels, au même titre qu’on « fait son terrain » pour comprendre l’étendue physique de l’espace.

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